El tema: La vie des Indiens au rythme de l'eau

 

" Ne te moque pas d'un Colla descendu de sa colline où il a laissé ses chèvres, moutons et son bout de champ, ne te moque pas de lui si tu le vois silencieux, maladroit ou fatigué, ne te moque pas si, un jour de soleil, tu le vois transpirer sous son épaix manteau de laine,

rappelle toi qu'il vient des collines où le vent glacé a gercé ses mains;

il est venu pour vendre son blé, son cuir et sa laine, et pour acheter du sucre.

Il est si démuni qu'il mange un maigre repas, mais il ne te demande rien.

Ne te moque pas d'un Colla, car si tu vas dans les collines, il t'ouvrira les portes de sa triste maison, tu boira son eau de vie, il te donnera son poncho et te feras partager le repas avec ses enfants,

Et tout cela en échange de rien." (Fortunato Ramos)

 

"Les Indiens? Mais quels Indiens? Il n'y a plus d'Indiens en Argentine ? "

"Mais quels Indiens ?" nous disent plusieurs Argentins à Buenos Aires, Salta, et Jujuy.…"Oui, il reste quelques indiens mais en Bolivie, de l’autre côté de la frontière…"

Après un premier mouvement d'angoisse - sommes-nous donc venus à la recherche de populations qui n'existent plus ? -, nous sommes en mesure d'expliquer la moue dubitative des Argentins à l'annonce de notre sujet de reportage :

D'une part, les communautés isolées, composées parfois seulement d’une dizaine de familles, habitant dans des zones difficiles d'accès, mènent une vie tellement en marge de celle des Argentins des grandes villes qu’ils sont pour la plupart ignorés.

D'autre part, des précisions de vocabulaire s'imposent : le mot d'"Indien" n'est certes plus guère utilisé, mais les descendants des populations indiennes préhispaniques n'ont pas disparu. On les appelle des "nativos" - c'est-à-dire des hommes nés sur la terre sur laquelle ils vivent -, car la culture d'origine a subi et intégré les influences d'autres civilisations.

Il existe ensuite plusieurs termes pour désigner les différentes sortes de "Nativos":

Colla : decendant des Indiens des Andes. On l’associe généralement au territoire de la Puna, tant ses racines sont associées à la terre qu’il cultive, à cette terre qui le fait vivre.

Les premiers hommes à s’être sédentarisés sur ces terres hostiles sont arrivés dans le Nord-Ouest par la Bolivie après avoir traversé l’Océan Pacifique. Par la suite, l’influence de civilisations Andines comme les Incas, puis celle des conquistadors a beaucoup fragilisé son identité (métissage, introduction de la religion catholique…) et à l’heure actuelle la culture colla rassemble beaucoup de facettes apportées par d’autres civilisations :

Aborigenes : descendants directs des Indiens de race Wichi, Matacos, Chorotes, Chulupies, ou Chane qui vivent dans la partie Nord Province de Salta, dans une zone de forêt tropicale.

Leur mode de vie est l’autosubsistance : comme ils cultivent peu la Terre contrairement aux Collas, ils vivent de la pêche dans le fleuve Bermejo, de l’élevage et la cueillette de fruits.

 

Pourquoi s'être "jetés à l'eau"?

L'eau est la légèreté et l'inconsistance même. Elle ne fait jamais rien que passer, couler...

Et pourtant, l'eau a une puissance incroyable. Elle érode les reliefs les plus massifs, façonne le paysage. Les pluies conditionnent toutes les végétations. Elle impose un rythme aux populations indiennes. Celles-ci ont adapté leur façon de travailler, leur habitat, en fonction de conditions naturelles liées à l'eau. L'eau façonne aussi l'imaginaire collectif.

Nous avons donc choisi l'eau comme thème notre reportage car il constitue une clé de compréhension décisive du mode de vie des populations indiennes du Nord de l'Argentine.

 

La expedicion

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